JOUR 9 : CONTEXTE THÉOLOGIQUE
«C’est pour détruire les oeuvres du diable que le Fils de Dieu s’est manifesté. »
Il y a eu ces dernières années beaucoup de réflexions théologique et pastorale sur l’exorcisme, mais relativement peu sur la délivrance. Et cependant l’expansion marquante de ce ministère depuis une cinquantaine d’années requiert que l’on poursuive une réflexion à la lumière de la foi chrétienne. Comment se fait-il que des esprits mauvais puissent influencer et opprimer des êtres humains ? Quel est le lien entre leur activité et le péché ? Qu’est-ce que la délivrance, et quelle est sa relation avec l’ensemble de l’oeuvre divine du salut ? Nous ne pouvons traiter de ces questions qu’en faisant nôtres les deux buts du Concile Vatican II : ressourcement (une redécouverte des sources anciennes de la foi, particulièrement les Écritures, la liturgie et les Pères de l’Église) et aggiornamento (présenter la foi chrétienne le plus efficacement possible dans le contexte d’aujourd’hui).
Ce chapitre offre quelques réflexions théologiques sur la délivrance, sans pour autant prétendre avoir le dernier mot. Il faudra donc poursuivre l’étude et la réflexion pour discerner ce que le Seigneur fait aujourd’hui et l’intégrer à la tradition vivante de l’Église.
1. La délivrance dans une perspective plus large
On doit comprendre la délivrance des esprits mauvais dans le contexte plus large de l’oeuvre de salut du Christ rendue présente et efficace à travers l’Église. La délivrance est liée de façon intrinsèque à la libération du péché. C’est un signe de la puissance salvifique de Dieu qui donne une grande efficacité à l’évangélisation et c’est un don de la miséricorde de Dieu conduisant vers la pleine liberté et le bonheur qu’il souhaite pour tous les êtres humains.
La délivrance dans l’oeuvre de salut de Dieu
Nous avons été créés pour la communion avec le Dieu trine par notre conformation au Christ, déjà dans cette vie et en plénitude dans la vie éternelle – ce qui recouvre aussi la communion avec les autres. La vie éternelle est un échange d’amour où nous recevons l’amour de Dieu et nous l’aimons en retour. Mais nous sommes profondément conscients des obstacles à ce dessein que sont le péché, les structures du péché, les malheurs et les souffrances, les blessures intérieures et les forces démoniaques. Le salut a ainsi deux dimensions, une « négative » qui entraîne d’être libéré des maux qui freinent notre communion avec Dieu et avec les autres, et une « positive », qui entraîne d’être transformé dans le Christ et relevé pour partager la vie de Dieu. La dernière est la plénitude du plan de Dieu, tandis que la première est un moyen conduisant à la fin. Nous sommes libérés du mal pour être libres pour aimer et avoir la vie éternelle. Parmi les différentes sortes de mal dont il nous faut être libérés, le péché est le plus sérieux car c’est un refus de l’amour de Dieu et une désobéissance à sa volonté, accompli avec le plein poids de notre libre choix et de notre responsabilité personnelle. Le coeur de la libération est donc la conversion et le pardon des péchés. La délivrance des esprits mauvais est un autre aspect de la dimension « négative » du salut, et qui est étroitement liée à la délivrance du péché. Parfois un lien néfaste – par exemple une incapacité à faire confiance au Seigneur ou une insécurité profondément installée – nous conduit au péché ou nous empêche de grandir dans une relation d’amour avec Dieu et avec nos frères. Dans ce cas, la délivrance fait partie du processus de libération du péché et de combat contre celui-ci. La délivrance ne concerne donc pas seulement notre bien-être personnel mais aussi notre communion avec Dieu et avec nos frères.
On veillera à éviter deux extrêmes lorsque l’on déterminera la place de la délivrance. D’une part, on doit bien veiller à ne pas exagérer son importance. Une des tactiques du diable est de se faire croire plus dangereux et plus important qu’il n’est en réalité. Le centre devrait toujours demeurer le Sauveur et notre destinée, qui est la vie éternelle avec lui. D’autre part, nous ne pouvons limiter le dessein de Dieu et son désir que tous ses enfants reçoivent la plénitude du salut, qui comprend la libération du mal. « Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres. » La libération dont nous jouirons pleinement dans la vie éternelle commence déjà en cette vie.
Délivrance et sacrements
Notre libération du mal est l’oeuvre de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité.» « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes », et quand est arrivée la plénitude des temps, il a envoyé son Fils pour nous racheter et faire de nous ses fils et ses filles adoptifs. De même que le Christ a été envoyé par son Père dans la puissance de l’Esprit Saint, il envoie ses apôtres :
« non seulement pour que, proclamant l’Évangile à toute créature, ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan ainsi que de la mort, et nous a transférés dans le Royaume du Père, mais aussi afin qu’ils exercent cette oeuvre de salut qu’ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. »
L’Église continue de proclamer la Bonne Nouvelle du salut accompli dans le mystère pascal du Christ et de la célébrer dans la liturgie et les sacrements, qui nous communiquent sa force de salut. Tous les sacrements ont un rôle nous permettant de partager la vie de Dieu et d’être délivrés du mal, mais trois d’entre eux ont une efficacité particulière en face du diable : le Baptême, la Réconciliation et l’Eucharistie.
Le Baptême nous sauve en nous plongeant dans la passion et la résurrection du Christ. Par le Baptême, nous sommes libérés « du péché et de son instigateur, le diable » et nés de nouveau en fils et filles de Dieu. Nous devenons les membres du corps du Christ et les temples de l’Esprit Saint, pouvant exercer le sacerdoce commun par lequel nous pouvons offrir nos vies en sacrifice vivant à Dieu. Le Baptême pose ainsi les fondations pour toute résistance à Satan au cours de notre pèlerinage sur cette terre. Le sacrement de Réconciliation renouvelle le don du baptême. En nous absolvant de notre péché, il détruit une des voies préférées par lesquelles Satan nous tente et nous effraie. En nous réconciliant avec Dieu et avec l’Église, ce sacrement nous fortifie spirituellement et nous offre le soutien de la communion des saints. Un recours fréquent à ce sacrement nous aide à garder fermées les portes par lesquelles le malin nous avait trompés et séduits.
Enfin, l’Eucharistie est, par excellence, « source de guérison et de libération. De même que le soleil, par tout son être de feu et de lumière, dissipe et chasse la nuit, le Christ Jésus déploie dans le mystère eucharistique – si nous savons l’accueillir – toute sa puissance de vie et de victoire sur le Mal ». L’Eucharistie rend présent le sacrifice par lequel le Christ a gagné la victoire sur le diable : « Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’oeuvre de notre Rédemption s’opère. » Cela nous donne les moyens d’affronter notre combat spirituel quotidien en renouvelant et fortifiant la grâce reçue à notre baptême, en nous purifiant et en nous protégeant de tout péché, et en nous unissant au Christ.

L’Eucharistie rend présent le sacrifice par lequel le Christ a gagné la victoire sur le diable : « Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’oeuvre de notre Rédemption s’opère. » Cela nous donne les moyens d’affronter notre combat spirituel quotidien en renouvelant et fortifiant la grâce reçue à notre baptême, en nous purifiant et en nous protégeant de tout péché, et en nous unissant au Christ.
Le sacrement de Réconciliation renouvelle le don du baptême. En nous absolvant de notre péché, il détruit une des voies préférées par lesquelles Satan nous tente et nous effraie. En nous réconciliant avec Dieu et avec l’Église, ce sacrement nous fortifie spirituellement et nous offre le soutien de la communion des saints. Un recours fréquent à ce sacrement nous aide à garder fermées les portes par lesquelles le malin nous avait trompés et séduits.
La délivrance ne concerne donc pas seulement notre bien-être personnel mais aussi notre communion avec Dieu et avec nos frères.
Tous les sacrements ont un rôle nous permettant de partager la vie de Dieu et d’être délivrés du mal, mais trois d’entre eux ont une efficacité particulière en face du diable : le Baptême, la Réconciliation et l’Eucharistie.
Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé se célèbre sur l’autel, l’oeuvre de notre Rédemption s’opère