JOUR 4 : FONDEMENTS BIBLIQUES (suite)
3. Les exorcismes dans le ministère de Jésus
Dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), la confrontation de Jésus avec les démons joue un rôle particulièrement important dans sa vie publique. En effet, les activités de Jésus se sont souvent caractérisées par le fait de chasser les démons. Chez Marc, le tout premier acte public de Jésus est un exorcisme à la synagogue de Capernaüm. Lorsque les évangiles résument le ministère de Jésus en Galilée, ils font presque toujours mention du fait de chasser les démons ainsi que des enseignements et des guérisons.
« Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. »
« Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons. »
« Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : “Toi, tu es le Fils de Dieu !” Mais il leur défendait vivement de le faire connaître. »
« Jésus descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus l’entendre et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs retrouvaient la santé. »
« À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir. »
Les exorcismes de Jésus sont un contraste frappant avec les exorcismes pratiqués par les Juifs du premier siècle. Là où les exorcismes juifs usaient typiquement d’incantations, objets sacrés et prières, Jésus exerçait ses exorcismes par une simple parole de commandement, prononcée de sa propre autorité : « D’une parole, il expulsa les esprits. »
Jésus explique à la foule le sens de ses oeuvres puissantes : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous. » Ses exorcismes sont des signes eschatologiques – des signes qui démontrent de façon visible la venue du Royaume de Dieu et l’effondrement du royaume de Satan. Jésus est le plus fort, lui qui par sa croix et sa résurrection lie « l’homme fort » Satan et pille sa maison, c’est-à-dire libère ceux qui en étaient captifs. Personne n’a plus à vivre prisonnier du mal.
Lorsqu’il se décrit lui-même au cours de son sermon inaugural de la synagogue de Nazareth, Jésus place la guérison et la délivrance au coeur de sa mission messianique. Il lit un passage du prophète Isaïe et le proclame comme s’accomplissant en sa personne :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »
Dans ce contexte, « captifs » et « opprimés » font référence à tous ceux qui sont dans les liens du péché et ses conséquences, y compris à la fois les structures sociales injustes et les diverses formes d’oppression démoniaque. Luc décrit ainsi le ministère de Jésus en termes de guérison et de délivrance. Jésus est venu pour délivrer l’homme de tout ce qui l’empêche de vivre la plénitude de vie à laquelle Dieu l’a destiné. Saint Pierre, dans un sermon dans les Actes, met lui aussi la délivrance au coeur de la mission de Jésus :
« Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. »
Les évangiles nous offrent des récits détaillés de plusieurs exorcismes individuels, chacun révélant des aspects uniques de l’oeuvre de salut opérée par Jésus.
L’exorcisme à la synagogue
Le premier exorcisme que Jésus opère est celui d’un homme tourmenté par un esprit impur à la synagogue de Capernaüm. Bien que l’évangéliste ne donne aucune précision sur le passé de cet homme, il semble bien qu’il soit régulièrement présent à la synagogue. Peut-être était-ce un homme ordinaire chez qui les autres n’avaient même pas remarqué une possession démoniaque. Mais en présence de Jésus l’esprit mauvais est dévoilé, justement pour qu’il puisse être expulsé. La réaction des témoins est significative :
« Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : “Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent”. »
Leur réaction montre qu’ils ont conscience du lien intrinsèque entre l’enseignement de Jésus et son autorité à chasser les démons. Lorsqu’elle est proclamée avec autorité, la vérité elle-même – la révélation de la Bonne Nouvelle de Dieu et de son plan – a le pouvoir de libérer les peuples captifs du mal. Ce qui implique à son tour qu’un lien spirituel peut être ancré dans la déception qui est profondément enracinée dans le coeur et l’esprit des gens.
L’homme possédé par une légion
L’exorcisme le plus spectaculaire que nous rapportent les évangiles est celui du Gérasénien possédé d’un esprit impur. Cet épisode décrit de façon vivante la force de destruction d’un lien néfaste. L’existence de cet homme tourmenté au milieu des tombeaux, criant et se mutilant lui-même, est une image de haine de soi, de rage et de désespoir. La société humaine ne peut l’aider ; l’homme a été attaché avec des chaînes, mais cela s’avère inefficace puisqu’il les brise, montrant par-là la force surhumaine qui surgit parfois dans des cas de possession démoniaque.
Le Gérasénien est un exemple extrême de lien au mal, tout en étant à un niveau symbolique une image de l’humanité déchue, blessée et défigurée par les conséquences du péché. Sa misérable condition illustre le fait que le but de Satan est d’abîmer et de détruire l’image de Dieu chez les êtres humains. Sa délivrance d’autre part est une image de ce que l’oeuvre de salut du Christ accomplit pour tous ceux qui croient en lui.
Le démon supplie qu’on ne l’expulse pas du pays, ce qui suggère que les esprits mauvais s’attachent à certaines régions géographiques. Bien que Jésus leur permette d’entrer dans un troupeau de porcs, ils voient leur perte quand les porcs se précipitent dans la mer et coulent. Étant donné que les esprits mauvais cherchent des « lieux arides », leur submersion dans les profondeurs de la mer est un sort juste – qui rappelle le grand événement de l’histoire biblique quand les oppresseurs du peuple de Dieu furent noyés dans les profondeurs de la mer.
L’homme libéré incarne le fruit de la libération d’un lien démoniaque par Jésus. Il est désormais « habillé », débarrassé de sa dégradation et sa honte, et sa dignité humaine est rétablie. Il est « revenu à la raison », et peut se comporter normalement avec tous. Davantage encore, Jésus l’envoie évangéliser : « Va […] et annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi. » Après avoir fait l’expérience de la puissance de libération opérée par Jésus, il devient lui-même témoin pour les autres, et tous le voient guéri et plein de joie. En effet, l’efficacité de son témoignage apparaît dans le bon accueil que Jésus rencontre lors de sa deuxième visite dans la région. Ce récit illustre bien la force extraordinaire que l’on trouve dans l’Évangile des témoignages donnés par ceux que Jésus a libérés de leurs démons.

Lorsqu’elle est proclamée avec autorité, la vérité elle-même – la révélation de la Bonne Nouvelle de Dieu et de son plan – a le pouvoir de libérer les peuples captifs du mal.
Le Gérasénien est un exemple extrême de lien au mal, tout en étant à un niveau symbolique une image de l’humanité déchue, blessée et défigurée par les conséquences du péché.
Jésus est venu pour délivrer l’homme de tout ce qui l’empêche de vivre la plénitude de vie à laquelle Dieu l’a destiné.
Va […] et annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi.