JOUR 15 : CONTEXTE THÉOLOGIQUE (suite)
Malédictions et sorts
Parfois à l’origine de l’oppression on trouve une autre personne, comme dans le cas des malédictions ou des sorts. Dans certaines cultures modernes on les prend pour de la superstition, mais dans de nombreuses cultures traditionnelles elles sont considérées comme évidentes et réelles, on ne peut donc s’en débarrasser sans y réfléchir. La Bible contient un nombre remarquable de bénédictions (410) et de malédictions (230). Jésus lui-même maudit le figuier stérile, et les Lettres de saint Paul manifestent clairement que l’apôtre prend les malédictions assez au sérieux pour les bannir. Alors qu’est-ce qui permet à quelqu’un de diriger les forces du mal vers un être humain de cette façon ?
Pour bien le comprendre, nous devons prendre en considération les nombreux liens par lesquels les êtres humains sont en relation et exercent une constante influence les uns sur les autres. On pense habituellement à ces liens sur un plan psychologique et culturel, mais il peut exister un plan métaphysique plus profond, même s’il est moins perceptible. Cette conviction établit le cadre pour la façon dont les Pères de l’Église comprenaient le salut en Jésus-Christ, qui s’étend à tous à travers le lien profond que le Christ a avec toute l’humanité de par son incarnation. Bien sûr Dieu fortifie ces liens et forme le peuple unifié de Dieu, par lequel nous devenons un seul corps dans le Christ et ainsi « membres les uns des autres ». La pensée moderne a enrichi tout cela de façon notoire en soulignant l’importance de l’individu, mais il est temps de retrouver la richesse toujours présente dans les cultures traditionnelles, qui comprennent l’individu comme étant toujours inséré dans un plus grand ensemble qui l’a précédé. Ces liens profonds offrent le cadre pour la force et l’efficacité des mots. Les mots ne font pas que refléter la réalité, ils la forment également, pour le bien comme pour le mal.
La façon dont les êtres humains sont liés les uns aux autres permet la circulation de la grâce, mais aussi les influences mauvaises ; c’est un des moyens de comprendre à quel point le péché originel s’est répandu d’Adam au reste de l’humanité. Les forces malignes peuvent aussi surfer sur ces liens humains, pour ainsi dire, quand quelqu’un prononce une malédiction ou un sort sur quelqu’un d’autre. On dit parfois que les sorts sont particulièrement efficaces lorsqu’ils sont prononcés par un membre de la famille, ce qui semble assez raisonnable étant donné que les liens entre membres d’une même famille sont plus étroits qu’avec le reste de l’humanité.
Ne nous imaginons pas que les personnes qui invoquent des esprits mauvais sur d’autres ont de fait la main sur ces esprits. C’est en effet le contraire : quiconque a recours à de mauvais esprits en prononçant une malédiction ou en jetant un sort sera progressivement dominé par ces esprits.
Après avoir réfléchi sur la distinction entre oppression et lien, il est important d’insister une nouvelle fois sur la facilité avec laquelle on pourra passer de l’une à l’autre. Une personne pourra consentir à des émotions ou des pensées induites par un harcèlement démoniaque ou pourra réagir avec d’autres schémas de protection personnelle qui conduisent à un lien, de la même façon que dans le cas des blessures. Tout croyant a la responsabilité de tenir dans la foi, de résister et de ne pas se soumettre à la peur engendrée par ceux qui invoquent les esprits mauvais.
5. Comprendre le ministère de délivrance
À cause des différences entre péché d’une part et lien spirituel et oppression de l’autre, le procédé par lequel la liberté sera restaurée diffère également. Tout péché requiert la repentance – une conversion (metanoia) de notre volonté, loin du péché et vers Dieu – et le pardon. Lien spirituel et oppression, d’autre part, requièrent la délivrance.
Le terme « délivrance » n’est pas le seul que l’on puisse employer ici, mais il est entré dans le langage courant et semble approprié. Il nous aide à distinguer ce processus du grand exorcisme. Il rappelle également que la délivrance des esprits mauvais trouve son sens en relation à l’ensemble du salut qui est également appelé « délivrance ». La délivrance de l’esclavage est l’expérience salvifique fondationnelle du peuple d’Israël rapportée dans l’Exode et rappelée tout au long des Écritures. « Délivrance » insiste sur le fait que nous sommes libérés d’une force qui nous contraint et nous rend esclaves. Le Christ est venu pour « rendre libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. Notons que le ministère de délivrance n’est pas toujours nécessaire pour retrouver sa liberté. Parfois la croissance spirituelle de la personne, son recours régulier à la prière et à la lecture de la Parole, sa participation régulière à la liturgie et aux sacrements ainsi qu’une bonne vie morale suffiront. L’Eucharistie et le sacrement de réconciliation en particulier, parce qu’ils nous libèrent de nos péchés et restaurent notre communion avec le Seigneur et son Église, sont de puissants moyens permettant d’être libérés de l’influence du malin. C’est particulièrement le cas quand la porte d’entrée à l’influence mauvaise a été une blessure : s’il y a guérison intérieure et croissance en sainteté, l’esprit mauvais n’a plus de place où demeurer. Un chrétien n’est jamais tout seul, et le soutien d’une communauté chrétienne et la médiation de l’Église sont sans prix.
L’autorité du baptême sur les puissances du mal
Notre capacité à prier pour la délivrance provient de l’autorité qui nous a été donnée par le Christ. C’est lui qui a toute autorité sur le royaume des ténèbres, autorité manifestée au cours de son ministère public quand il se confrontait aux esprits mauvais, et ses exorcismes. Cette autorité lui a été acquise par sa passion et sa résurrection, qui achève sa victoire sur Satan : « Ainsi, Dieu a dépouillé les Puissances de l’univers ; il les a publiquement données en spectacle et les a traînées dans le cortège triomphal du Christ. » Parce que nous sommes chrétiens, nous avons part à l’autorité du Christ sur les puissances des ténèbres.
Les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité qui nous ont été offertes par le Saint-Esprit à notre baptême nous confèrent la force de rejeter Satan de nos vies. Recevoir la liberté offre la capacité de retenir cette liberté même, de la protéger et de la faire grandir. Ce combat fait partie de la vie quotidienne, comme le dit la prière du « Notre Père » : « délivre-nous du mal » et par les nombreuses exhortations du Nouveau Testament de tenir ferme devant le malin. Comme nous le disions page 37, cette autorité a été également confiée à tous les disciples pour aider leurs frères.
La pratique du ministère de délivrance n’implique donc aucun nouveau don ou mission, mais il nous suffit de tenir et de mettre en acte la liberté et l’autorité que le Christ nous a données, pour nous-mêmes et pour les autres. Nous sommes déjà dans le Royaume de Dieu, bien que nous continuions d’attendre sa plénitude, et nous devons embrasser cette réalité en toute confiance et foi. Deux des éléments clé de la délivrance sont la renonciation et les ordres directs. Il est important de comprendre pourquoi ils sont nécessaires et pourquoi ils sont efficaces par l’autorité qui nous a été donnée par le Christ.

Notons que le ministère de délivrance n’est pas toujours nécessaire pour retrouver sa liberté. Parfois la croissance spirituelle de la personne, son recours régulier à la prière et à la lecture de la Parole, sa participation régulière à la liturgie et aux sacrements ainsi qu’une bonne vie morale suffiront.
Deux des éléments clé de la délivrance sont la renonciation et les ordres directs.
La pratique du ministère de délivrance n’implique donc aucun nouveau don ou mission, mais il nous suffit de tenir et de mettre en acte la liberté et l’autorité que le Christ nous a données, pour nous-mêmes et pour les autres. Nous sommes déjà dans le Royaume de Dieu, bien que nous continuions d’attendre sa plénitude, et nous devons embrasser cette réalité en toute confiance et foi. Deux des éléments clé de la délivrance sont la renonciation et les ordres directs. Il est important de comprendre pourquoi ils sont nécessaires et pourquoi ils sont efficaces par l’autorité qui nous a été donnée par le Christ.