JOUR 1 : INTRODUCTION
Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé. »Le pape François a créé la surprise en parlant à plusieurs reprises d’un sujet que certains considéraient comme une relique du passé, le malin. Dans ses homélies, le Saint-Père a régulièrement parlé des stratégies de Satan, de la façon dont nous pouvons lutter contre, et de la façon dont nous pouvons obtenir la victoire sur le malin en Christ. Il a souligné que ce qui est en jeu dans ce combat n’est rien de moins que la destinée éternelle des âmes. Jésus est venu, a-t-il dit,
« pour nous libérer […] de la sujétion que le malin exerce sur nous […]. Sur ce point, il n’y a pas de nuances. Le combat fait rage, et dans ce combat, c’est le salut qui est en jeu, le salut éternel. Nous devons toujours être sur nos gardes contre la tromperie, contre la séduction du malin. »
Le Saint-Père voit combien l’Église a besoin qu’on lui rappelle une réalité spirituelle qu’elle a trop longtemps oubliée. Notre vie sur la terre n’est pas seulement un pèlerinage de foi, mais aussi un combat constant contre le mal et contre Satan, le prince des ténèbres, qui cherche continuellement à nous éloigner du Christ et à nous rendre captifs du péché, de la confusion, de l’amertume, du cynisme et du désespoir. C’est bien dans le Christ cependant que nous sommes libérés de la domination de Satan et que nous sommes fortifiés pour résister à son influence grandissante.
Les avertissements du pape François sont profondément enracinés dans l’Écriture et la Tradition. Le Nouveau Testament a beaucoup à nous apprendre sur les oeuvres du diable et la façon dont nous pouvons les vaincre dans le Christ. La tradition catholique offre la sagesse et d’innombrables exemples de combat spirituel, depuis les exorcismes effectués par saint Antoine du désert, sainte Catherine de Sienne et de nombreux autres, jusqu’aux principes de discernement spirituel enseignés par saint Ignace de Loyola. Cet enseignement biblique et traditionnel donne la base essentielle sur laquelle se fonde l’étude du ministère de délivrance tel qu’il est pratiqué aujourd’hui.
Cet ouvrage a pour but d’offrir à la fois une réflexion théologique sur le ministère de délivrance et des instructions pastorales pour l’exercer en accord avec la foi catholique. Il est avant tout adressé au Renouveau charismatique catholique, dans la mesure où la plupart de ceux qui exercent le ministère de délivrance sont issus du Renouveau. Mais nous espérons que ces réflexions s’avéreront utiles au-delà du Renouveau et permettront d’élargir la compréhension et l’ouverture au ministère de délivrance dans toute l’Église.
1. Discerner les signes des temps
Pourquoi le ministère de délivrance est-il un sujet urgent pour l’Église de notre temps ? Les réflexions contenues dans cet ouvrage ont pour but de scruter les « signes des temps » à la lumière de l’Évangile, comme le Concile Vatican II nous y pousse. La récente montée des ministères de délivrance ces dernières années est à la fois un fruit d’un renouveau spirituel dans l’Église et une réponse à un besoin urgent de notre société contemporaine.
L’Église dans certaines parties du monde fait l’expérience d’un renouveau, qui se manifeste par un amour nouveau chez les catholiques pour le Saint-Esprit, une mobilisation des laïcs, une plus grande soif de connaître les Écritures, une nouvelle ferveur pour l’évangélisation, et un engagement croissant en temps et en énergie en faveur de la justice et de la paix. En même temps, cependant, on note des signes de ténèbres croissantes. En Europe, en Amérique du nord et en Océanie, l’abandon largement répandu de la foi chrétienne et une sécularisation de plus en plus agressive ont créé un vide spirituel que beaucoup ont cherché à remplir par des pratiques occultes, toutes sortes de spiritualités, la franc-maçonnerie, le néo-paganisme, le Nouvel Age et parfois un satanisme déclaré. Dans les librairies comme sur internet, on assiste à un flot de propositions occultes et spiritistes. De nombreux jeunes sont exposés aux forces des ténèbres à travers des types de musique ou de jeux vidéo sataniques. De même en Amérique Latine, avec une baisse de la pratique de la foi on a vu se développer des dévotions superstitieuses et syncrétistes telles que la « Santería » ou le culte de la « Santa Muerte ». Ailleurs et surtout dans certaines parties d’Afrique et d’Asie, il est devenu courant de recourir à la sorcellerie, la magie, les malédictions, le culte des ancêtres, les séances de spiritisme, le fétichisme et autres pratiques occultes. Toutes ces activités peuvent entraîner chez ceux qui les pratiquent des liens impurs.
Ce ne sont pas seulement les pratiques occultes cependant qui sont spirituellement dangereuses. Une culture mondiale de l’hédonisme et du matérialisme s’est répandue largement et elle contribue à une croissance de schémas de conduite immoraux qui mènent aussi à des liens spirituels couvrant la promiscuité spirituelle, la pornographie, le consumérisme excessif et les dépendances à la drogue. Ces schémas de vie ont en retour contribué à l’effondrement de la famille, au point qu’aujourd’hui moins de la moitié des enfants dans le monde vivent à la maison avec leurs deux parents biologiques. Ceux qui n’ont jamais fait l’expérience de l’amour d’un père ou d’une vie de famille stable sont souvent profondément blessés et donc plus vulnérables, plus exposés aux mensonges et oppressions spirituels. Dans certaines parties du monde, nombreux sont ceux qui ont été traumatisés par le terrorisme, la persécution religieuse, l’épuration ethnique ou la migration de masse, et sont conduits par-là même à une vulnérabilité spirituelle plus grande.
En même temps que ces changements sociaux se produisaient, on a pu remarquer un silence chez les catholiques sur les démons et leur réelle influence dans la vie de l’homme. Théologiens et prédicateurs du siècle dernier ont souvent eu tendance à minimiser ou à nier catégoriquement l’existence de Satan. Cette incroyance persiste, malgré les affirmations fortes du Catéchisme et des derniers papes. Nombreux sont les prêtres qui ont été préparés à des formes de critique biblique qui interprétaient les récits de démon-possession de l’Évangile comme une simple manière primitive de parler de la maladie mentale. Résultat, beaucoup de prédicateurs et catéchistes ne sont pas à l’aise pour parler du malin, sentant que ce sujet appartient à une ère prémoderne plus superstitieuse.
Ce silence a créé une situation où de nombreux catholiques, y compris des prêtres, ne comprennent ni le malin ni ses stratégies. Que ce soit dans les homélies, les catéchèses, la formation de la foi, on parle peu de la manière de repousser les attaques du mauvais et de se libérer de son influence. Paradoxalement, ce silence a conduit à une peur malsaine du domaine démoniaque, particulièrement chez des gens qui n’ont pas été bien formés à la foi. Tous ces éléments de la situation actuelle ont conduit à un besoin non satisfait de délivrance de toutes sortes de liens et oppressions spirituels. Quelle tragédie de voir que des catholiques dans certains domaines auront plus facilement recours à des spirites ou des shamans pour être soulagés de leur affliction par des esprits mauvais car ils ne croient pas que l’Église puisse les aider – ou dans certains cas, ils cherchent de l’aide auprès de l’Église et ne la trouvent pas, car ce dont ils ont besoin n’est pas un grand exorcisme ou une aide médicale professionnelle, mais seulement une délivrance. Dans certains domaines, les catholiques se tournent en revanche vers les ministères pentecôtistes ou charismatiques indépendants. Ce manque de compréhension de la délivrance entrave l’évangélisation quand les populations locales sont bien davantage profondément conscientes de la puissance des esprits mauvais que les missionnaires catholiques ne le sont de la puissance de libération qui réside dans le nom de Jésus. Il est plus qu’urgent que l’Église se réveille pour faire face à cette situation critique.
Alors que certains catholiques ont été influencés par ces schémas de scepticisme et de sécularisation, le Renouveau biblique, liturgique et catéchétique qui a conduit au Concile Vatican II a gagné du terrain. On voit les fruits du Concile particulièrement dans la nouvelle évangélisation, le Renouveau charismatique catholique et autres mouvements ecclésiaux nouveaux. Au coeur de ce Renouveau ecclésial, on note l’entrée des laïcs dans leur rôle précis et dans leur pleine dignité en tant que membres baptisés du corps du Christ, appelés à la perfection de la sainteté et à une pleine participation à la mission de l’Église.
Le ministère de délivrance sous sa forme contemporaine catholique est né au coeur du Renouveau charismatique catholique, mouvement qui a commencé par une effusion de l’Esprit sur des étudiants à Pittsburgh en Pennsylvanie aux USA en 1967 . Le Renouveau se caractérise par une expérience qui transforme la vie par la présence et la puissance de l’Esprit Saint, expérience commune à des laïcs, prêtres et religieux. En tant que « courant de grâce » (description réaffirmée par le pape François), le Renouveau a donné lieu à une plus grande participation des laïcs à la mission de l’Église dans l’enseignement, le gouvernement de communautés et le ministère de prière pour les frères. Il a aussi entraîné un élan oecuménique, car les catholiques ont fait l’expérience d’une nouvelle qualité de relations spirituelles avec les autres chrétiens, basée sur une expérience commune de l’Esprit Saint et une plus grande conversion au Christ.
Ce n’est pas un hasard si cette nouvelle prise de conscience de l’Esprit Saint entraîne avec elle une nouvelle prise de conscience des esprits malins et de leur influence dans la vie de l’homme. L’Esprit Saint qui révèle le Christ accorde également aux chrétiens une sensibilité plus profonde à tout ce qui s’oppose au Christ et à son Royaume, en même temps qu’une expérience existentielle de la victoire du Christ. Le Renouveau a par conséquent contribué à la redécouverte d’un élément de la tradition catholique qui avait été longtemps négligé, à savoir que la vie chrétienne entraîne le combat spirituel et que la délivrance des esprits mauvais fait partie de la mission que Jésus a confiée à son Église.
Les ministères de délivrance actuels ont d’abord surgi dans le contexte du ministère de guérison, en réponse aux besoins de ceux qui étaient troublés par diverses formes d’affliction démoniaque16. Dans la majorité des cas, l’influence d’un esprit impur était moindre qu’une vraie possession, et donc le grand exorcisme était, soit impossible, soit inutile. Il convenait au contraire d’aider les gens pour qu’ils soient libérés d’influences démoniaques dans certains domaines de leur vie. Ceux qui sont à l’origine de ces ministères se sont inspirés de la sagesse de la tradition catholique aussi bien que des idées et pratiques d’autres chrétiens charismatiques. Plusieurs de ces ministères étaient solides et en plein accord avec la foi catholique, d’autres au contraire étaient marqués par des exagérations, des abus et une recherche du sensationnel ou des affirmations théologiques aberrantes. Au fil des années, avec la maturation du ministère de délivrance, de nombreuses idées et pratiques ont été abandonnées. Mais il n’en demeure pas moins nécessaire que les pasteurs de l’Église donnent des instructions ainsi qu’une supervision et un discernement prudents.
Le ministère de délivrance vient clairement répondre à un énorme besoin spirituel dans le monde contemporain et à travers lui, de nombreuses personnes ont pu expérimenter d’une manière personnelle et vivante la vérité que Jésus est venu pour libérer les captifs. De la même manière que la délivrance a eu une part importante dans l’évangélisation de l’Église naissante, elle a une part importante dans la nouvelle évangélisation aujourd’hui. Malgré les différents problèmes et défis, le conseil de saint Paul demeure toujours actuel : « N’éteignez pas l’Esprit […] mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal.

« N’éteignez pas l’Esprit […] mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal.
Le ministère de délivrance vient clairement répondre à un énorme besoin spirituel dans le monde contemporain et à travers lui, de nombreuses personnes ont pu expérimenter d’une manière personnelle et vivante la vérité que Jésus est venu pour libérer les captifs. De la même manière que la délivrance a eu une part importante dans l’évangélisation de l’Église naissante, elle a une part importante dans la nouvelle évangélisation aujourd’hu
Notre vie sur la terre n’est pas seulement un pèlerinage de foi, mais aussi un combat constant contre le mal et contre Satan, le prince des ténèbres, qui cherche continuellement à nous éloigner du Christ et à nous rendre captifs du péché, de la confusion, de l’amertume, du cynisme et du désespoir. C’est bien dans le Christ cependant que nous sommes libérés de la domination de Satan et que nous sommes fortifiés pour résister à son influence grandissante
Ce manque de compréhension de la délivrance entrave l’évangélisation quand les populations locales sont bien davantage profondément conscientes de la puissance des esprits mauvais que les missionnaires catholiques ne le sont de la puissance de libération qui réside dans le nom de Jésus. Il est plus qu’urgent que l’Église se réveille pour faire face à cette situation critique.
L’Église catholique, redécouvrant son héritage spirituel, reconnaît l’urgence du ministère de délivrance dans un monde marqué par une montée du mal occulte et des crises sociales.
Le ministère de délivrance vient clairement répondre à un énorme besoin spirituel dans le monde contemporain et à travers lui, de nombreuses personnes ont pu expérimenter d’une manière personnelle et vivante la vérité que Jésus est venu pour libérer les captifs.
Le ministère de délivrance vient clairement répondre à un énorme besoin spirituel dans le monde contemporain et à travers lui, de nombreuses personnes ont pu expérimenter d’une manière personnelle et vivante la vérité que Jésus est venu pour libérer les captifs.