JOUR 13 : CONTEXTE THÉOLOGIQUE (suite)
Lien spirituel en relation à des troubles psychologiques
Un autre point d’entrée pour le lien spirituel peut être des troubles psychologiques. Il diffère des autres en ce qu’il est souvent difficile de distinguer entre lien spirituel et désordres psychologiques. Leurs symptômes peuvent être très semblables. De même que la grâce présuppose la nature et se manifeste à travers la nature, l’influence démoniaque affecte la nature et s’exprime à travers des symptômes psychologiques, émotionnels et mentaux. De plus il peut y avoir dans certains cas un cercle vicieux : la maladie mentale peut ouvrir une brèche à la démonisation, tandis que des esprits mauvais peuvent renforcer une détresse émotionnelle ou des pensées obsessionnelles ou des schémas comportementaux.
Il y a cependant une vraie différence entre eux et aucun ne peut être réduit à l’autre. Des désordres psychologiques sont davantage entrelacés avec la psyché et l’identité de la personne et seront donc plus continus et durables. Ils ont pour origine la fragilité de la nature plus que des forces démoniaques. De longue tradition, l’Église distingue entre affliction par des esprits mauvais et maladie mentale. Par exemple en insistant sur le discernement avant que le rite de l’exorcisme soit accompli, l’Église témoigne à la fois de leur similarité apparente et de leur vraie différence de nature. Le ministère de Jésus montre que des maux apparemment similaires peuvent avoir, soit une origine naturelle, soit une origine démoniaque ; parfois les aveugles, les muets et les sourds sont simplement guéris, tandis qu’en d’autres circonstances il faudra chasser un esprit.
À cause de cette différence de nature, avant de faire une délivrance il est essentiel de discerner de quel type de trouble la personne souffre, avec l’aide d’un professionnel si nécessaire. Le fait de traiter un trouble psychologique comme s’il était spirituel peut de fait ouvrir la voie à un lien spirituel, tandis que traiter un lien spirituel comme s’il était simplement psychologique est inefficace et frustrant.
Sans prétendre être exhaustif, il est possible d’offrir deux critères de discernement. D’abord, les désordres psychologiques sont souvent enracinés plus profondément dans la psyché et l’identité de la personne ; ils affectent parfois la structure de la personnalité, alors que le lien spirituel tend à affecter un domaine bien plus limité de la vie de la personne. Ensuite, un lien spirituel peut s’intensifier si la personne se tourne vers Dieu et cherche à grandir en vertu. Par exemple, un esprit d’idolâtrie tentera de détourner la personne de la fréquentation des sacrements. Certains désordres psychologiques d’autre part peuvent pousser la personne vers une vie religieuse plus active.
À cause de la similarité des symptômes et de la corrélation entre lien spirituel et trouble psychologique, le fait de distinguer entre eux n’est pas toujours un processus ou/ou. En plus, certaines personnes refusent la nature de leur désordre : certaines résistent au fait d’être malades mentales et développent la « démonopathie », c’est-à-dire qu’elles attribuent leurs maux aux démons. D’autres refusent de reconnaître l’existence du monde spirituel. Le discernement requiert prudence, sagesse et expérience.
Accepter un mensonge
Une brèche n’est pas suffisante en soi pour produire un lien spirituel. Étant donné que personne ne peut influencer directement notre esprit et notre volonté si ce n’est Dieu et nous-mêmes, un lien spirituel ne peut se créer que dans la mesure où la personne est consentante. Le consentement ouvre la porte d’entrée qui autrement serait inaccessible à tout esprit mauvais quel qu’il soit.
Le consentement n’est pas nécessairement un processus pleinement conscient. Parfois cela signifie simplement que la personne embrasse un jugement, aussi troublant soit-il, car il semble irrésistiblement vrai. A force de vous entendre dire par un parent ou une personne d’autorité que vous n’êtes bon à rien, vous ne souhaiterez bien évidemment pas que ce soit vrai, mais vous allez vous sentir poussé à croire que c’est vrai. Dans la plupart des cas, la personne ne consent pas directement à l’esprit mauvais, mais à un type de comportement qui protège, console ou atténue sa douleur. Si l’on parcourt l’échelle des types de voies d’entrée au démon, depuis les blessures jusqu’aux péchés d’occultisme, l’acte de consentement devient chaque fois plus explicite et plus direct.
Ce à quoi l’on consent dans ces cas-là est toujours un mensonge. La personne accueille une tromperie et s’identifie à elle. En tant qu’enfants de Dieu, nous devons « vivre de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », c’est-à-dire que nous vivons par la vérité que Dieu nous révèle : nous avons été créés à « son image et sa ressemblance », nous sommes « précieux à ses yeux », nous sommes son « oeuvre bonne». Un des principaux titres de Satan, d’autre part, est « père du mensonge », étant donné que son influence est toujours nourrie par un mensonge. Le mensonge peut porter sur l’amour de Dieu, sa bonté et sa puissance, sur nous-mêmes et ce que nous valons, ou sur les autres et leur attitude envers nous. Par exemple un enfant dont le père a abandonné la famille peut avoir un sentiment de rejet et profondément croire des mensonges du genre : « Je ne mérite pas d’être aimé. Je serai toujours rejeté. Dieu est loin et ne se soucie pas de moi. » Un autre enfant qui fait l’expérience d’une discipline dure ou qui a un parent émotionnellement distant peut se dire : « Je vaux ce que j’accomplis. Je serai toujours un échec. Je ne pourrai jamais changer. Dieu est un dur tyran qui se concentre toujours sur ce que je fais de mal. »
Nous avons alors l’option de croire en la Parole de Dieu et la laisser former en nous notre estime de nous-même, ou de consentir au mensonge et de le laisser nous « ligoter » et nous dérober notre paix intérieure et notre joie. Dans ce dernier cas, ces mensonges s’enracinent profondément en nos coeurs, à un niveau subconscient, et viennent influencer nos pensées et nos actes. Ils deviennent ainsi des « forteresses » intérieures, mettant en place un système de pensée erronée par lequel le malin peut nous manipuler et nous asservir. Ce qui peut arriver, même lorsqu’au niveau conscient on a embrassé la vérité de l’Évangile. Au lieu de penser et d’agir à partir d’une profonde confiance en Dieu, la personne est conduite par des compulsions enracinées dans ces blessures intérieures et ces mensonges.
Le rôle du consentement soulève la question du degré de culpabilité d’une personne possédée dans le processus qui la conduit à la perte de sa liberté. Tout lien spirituel implique toujours une part de responsabilité personnelle, un acte de consentement suffisant pour donner aux esprits mauvais un « droit » d’influencer notre volonté.
Cependant, à cause de la prise et de la duperie, le degré d’engagement volontaire peut être minime. Il y a souvent de forts facteurs atténuants, ce qui signifie que la personne possédée est davantage victime que coupable actif. Seul Dieu peut juger du degré de culpabilité d’une personne. Ni la personne qui effectue la délivrance, ni la personne affligée, ne devraient tenter de le faire.
Le rôle du consentement pose alors la question de savoir s’il est possible ou non de le reprendre lorsqu’il a été donné. En théorie, oui. Cependant le consentement est davantage qu’un accord passager ; il comporte toujours un élément de permanence, notre libre volonté a une capacité mystérieuse de promettre et de s’engager. Non seulement nous choisissons notre présent, mais dans une certaine mesure notre avenir aussi. Cette capacité de donner son consentement est un beau cadeau – la clé de l’amour fidèle pour Dieu et pour les autres – mais elle est chargée de dangers, car elle peut aussi devenir la source des pires perversions. C’est la raison pour laquelle reprendre son consentement requiert normalement un acte de renonciation explicite et délibéré. Sans consentement il ne peut y avoir de lien, et sans renonciation il ne peut y avoir de délivrance.

Le fait de traiter un trouble psychologique comme s’il était spirituel peut de fait ouvrir la voie à un lien spirituel, tandis que traiter un lien spirituel comme s’il était simplement psychologique est inefficace et frustrant.
Nous avons alors l’option de croire en la Parole de Dieu et la laisser former en nous notre estime de nous-même, ou de consentir au mensonge et de le laisser nous « ligoter » et nous dérober notre paix intérieure et notre joie.Sans consentement il ne peut y avoir de lien, et sans renonciation il ne peut y avoir de délivrance.
Le consentement ouvre la porte d’entrée qui autrement serait inaccessible à tout esprit mauvais quel qu’il soit.
Sans consentement il ne peut y avoir de lien, et sans renonciation il ne peut y avoir de délivrance.
Sans consentement il ne peut y avoir de lien, et sans renonciation il ne peut y avoir de délivrance.