JOUR 17 : EXORCISME ET DÉLIVRANCE DANS L’HISTOIRE DE L’ÉGLISE
« Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »
Un regard sur l’Histoire de l’Église nous aidera à comprendre la place importante que la lutte contre les démons a eue dans le ministère de l’Église et dans la vie spirituelle des fidèles. Il nous permettra aussi d’étudier la manière dont l’Église comprend le rôle des laïcs dans ce ministère.
1. L’exorcisme dans les écrits patristiques
Les témoignages qui nous proviennent des premiers siècles de l’Église indiquent que le fait de chasser les démons faisait partie de la vie ordinaire de l’Église comme c’était le cas au temps des Apôtres. C’est particulièrement vrai dans le contexte des évangiles. En fait les délivrances comme les guérisons et les miracles étaient un facteur majeur de la croissance exponentielle de l’Église au cours des quatre premiers siècles. Les chrétiens chassaient très fréquemment les démons et cela se sut. Aussi saint Justin martyr (100-165) en parle-t-il comme une preuve évidente de la vérité de l’Évangile. Dans sa « Deuxième Apologie » adressée au Sénat romain, Justin écrit :
« Le Christ naquit par la volonté du Dieu et Père pour le salut des croyants et la ruine des démons. Vous pouvez vous en convaincre par ce qui se passe sous vos yeux. Il y a dans tout le monde et dans votre ville nombre de démoniaques que ni adjurations, ni enchantements, ni philtres n’ont pu guérir. Nos chrétiens, les adjurant au nom de Jésus-Christ crucifié sous Ponce Pilate, en ont guéri et en guérissent encore aujourd’hui beaucoup, en maîtrisant et chassant des hommes les démons qui les possèdent. »
Saint Irénée (115-202) de la même façon parle de la délivrance et autres oeuvres surnaturelles accomplies par les chrétiens comme une raison importante de la conversion de beaucoup au Christ :
« Ceux qui sont en vérité ses disciples, recevant toute grâce de sa main, accomplissent des miracles en son nom pour favoriser le bien des autres, selon le don que chacun a reçu de lui. Certains d’entre eux chassent certainement et de manière sûre des démons, au point que ceux qui ont été purifiés d’esprits mauvais à la foi croient au Christ et s’adjoignent à l’Église. D’autres ont une connaissance anticipée des choses à venir, ils ont des visions et prononcent des prophéties. D’autres encore guérissent les malades en leur imposant les mains et ils sont rétablis. De plus, oui, des morts ont ressuscité et ont vécu parmi nous de nombreuses années. »
Tertullien (155-240) cherchant à convaincre ses contemporains que la vie chrétienne est de loin plus noble et plus agréable que la vie païenne, demande :
« Qu’y a-t-il de plus noble que de piétiner les dieux des nations, d’exorciser les esprits mauvais, d’accomplir des guérisons, de chercher des révélations divines, de vivre pour Dieu ? Voilà les plaisirs, voilà les spectacles qui conviennent aux chrétiens. »
Ce que les autres exorcistes faisaient par des formules, des sorts, des incantations, les chrétiens l’accomplissaient simplement par leur foi au nom de Jésus. Pas seulement ceux qui étaient ordonnés mais aussi les croyants laïcs qui accomplissaient ces oeuvres de puissance alors qu’ils répandaient l’Évangile. Comme Origène (185-253) le souligne, la grâce du Christ est d’autant plus manifeste quand des miracles sont accomplis en son nom par les plus simples des peuples. Les chrétiens chassent les démons, dit-il,
« sans recourir à aucun art curieux de magie ou aux incantations, mais simplement par des prières et des adjurations élémentaires que même les plus simples peuvent employer. Étant donné que la plupart du temps ce sont des personnes non éduquées qui accomplissent cette oeuvre, manifestant ainsi clairement la grâce qui est dans la parole du Christ et la faiblesse méprisable des démons qui, pour être dépassés et chassés des corps et des âmes des hommes, n’ont pas besoin de la puissance et de la sagesse de ceux qui sont pleins d’arguments ou les mieux éduqués en termes de foi. »
Lorsqu’il raconte à un ami ce qui lui est arrivé au cours de son baptême, saint Cyprien de Carthage (mort en 258) décrit la force spirituelle répandue par l’Esprit Saint sur ceux qui reçoivent ce sacrement – autre témoignage du fait que la puissance sur le mal était considérée comme un don reçu par tous les chrétiens :
« Dieu répand son Esprit sans mesure… Par cette grâce nous recevons le pouvoir en toute pureté de guérir les malades, que ce soit de corps ou d’esprit, de réconcilier les ennemis, de réprimer la violence, de calmer les passions, de réprimander les démons et de les forcer à dévoiler leur identité, de les punir par des coups prononcés jusqu’à ce que, avec des cris perçants et des grandes bagarres, ils se sauvent terrifiés. Les coups qu’on leur adresse sont invisibles, mais ce qu’ils accomplissent est visible par tous… Quelle est grande cette liberté ainsi que la force spirituelle que le Seigneur nous a offerte ! Non seulement nous sommes protégés du mal, mais nous avons reçu autorité sur la force de l’ennemi qui nous attaque ! »
Saint Hilaire de Poitiers (300-368) mentionne de la même façon que l’autorité sur les démons est un des effets du baptême :
« Nous qui sommes nés de nouveau par le sacrement du baptême expérimentons une joie intense quand nous sentons en nous les premiers mouvements du Saint-Esprit. Nous commençons à avoir un aperçu des mystères de la foi, nous pouvons prophétiser et parler avec sagesse. Nous devenons fermes dans l’espérance et recevons d’abondants dons de guérison. Les démons sont soumis à notre autorité. Ces dons entrent en nous comme une douce pluie. Petit à petit ils portent un fruit abondant. »
Ces témoignages précoces montrent que la capacité des disciples du Christ à libérer les peuples de démons était expérimentée comme un phénomène nouveau et étonnant dans le monde ancien, tourmenté comme il l’était par l’idolâtrie, l’immoralité et diverses formes de lien spirituel. Par ces oeuvres de délivrance, les opprimés étaient libérés et le nom de Jésus exalté parmi les nations.

Ce que les autres exorcistes faisaient par des formules, des sorts, des incantations, les chrétiens l’accomplissaient simplement par leur foi au nom de Jésus.
Dieu répand son Esprit sans mesure… Par cette grâce nous recevons le pouvoir en toute pureté de guérir les malades, que ce soit de corps ou d’esprit, de réconcilier les ennemis, de réprimer la violence, de calmer les passions, de réprimander les démons et de les forcer à dévoiler leur identité, de les punir par des coups prononcés jusqu’à ce que, avec des cris perçants et des grandes bagarres, ils se sauvent terrifiés.
La grâce du Christ est d’autant plus manifeste quand des miracles sont accomplis en son nom par les plus simples des peuples.
Nous qui sommes nés de nouveau par le sacrement du baptême expérimentons une joie intense quand nous sentons en nous les premiers mouvements du Saint-Esprit. Nous commençons à avoir un aperçu des mystères de la foi, nous pouvons prophétiser et parler avec sagesse. Nous devenons fermes dans l’espérance et recevons d’abondants dons de guérison. Les démons sont soumis à notre autorité. Ces dons entrent en nous comme une douce pluie. Petit à petit ils portent un fruit abondant. »
Nous qui sommes nés de nouveau par le sacrement du baptême expérimentons une joie intense quand nous sentons en nous les premiers mouvements du Saint-Esprit. Nous commençons à avoir un aperçu des mystères de la foi, nous pouvons prophétiser et parler avec sagesse. Nous devenons fermes dans l’espérance et recevons d’abondants dons de guérison. Les démons sont soumis à notre autorité. Ces dons entrent en nous comme une douce pluie. Petit à petit ils portent un fruit abondant.