JOUR 11 : CONTEXTE THÉOLOGIQUE (suite)
Le lien spirituel en relation au péché
La libre volonté de l’homme signifie que nous sommes responsables de nos actes, qu’ils soient bons ou mauvais. Nul ne peut forcer notre volonté. Même si une partie de moi ne veut pas commettre un péché, si je le commets effectivement, cela signifie que d’une certaine manière je le voulais. À cause du péché originel, notre volonté est affaiblie et encline au mal ; plutôt que d’être entièrement fixée sur ce qui est bon, elle est souvent divisée.
Péché et lien spirituel semblent très proches, car ils impliquent tous deux la volonté. Cependant dans le cas du péché, la volonté est divisée, alors qu’avec le lien la volonté est contrainte. Une volonté divisée veut vraiment accomplir le péché qu’elle commet, ce qui explique pourquoi le pécheur est toujours dans une certaine mesure libre et responsable ; mais elle veut également ne pas le commettre, ce qui explique pourquoi la personne peut se battre contre le péché. Une volonté contrainte, d’autre part, ne peut quasiment pas se battre.
Un lien spirituel est très proche de ce que la théologie morale traditionnelle appelle un « vice », une habitude de péché créée par le fait de réitérer un péché en particulier. Il devient extrêmement difficile de résister à cette forte tendance, comme si le côté de la volonté divisée qui pousse au péché était si fort que l’autre côté ne peut plus rien dire. « Qui commet le péché est esclave du péché. » Bien qu’un vice ne soit pas la même chose qu’un lien spirituel, ce serait une erreur que de faire une distinction trop précise entre eux, vu que dans la vie réelle ils se chevauchent et se renforcent mutuellement.
Quelle est l’influence du diable et des démons vis-à-vis du péché ? D’abord, ils sont à l’origine même de certains péchés, étant donné que la Genèse présente le serpent comme le Tentateur, à la source du péché originel et ainsi de façon indirecte de tout péché. Certains péchés, même parmi les plus petits, sont la conséquence directe d’une tentation néfaste. Cependant, la tentation n’est que la tentation, les démons ne causent et ne peuvent causer le péché. La plupart des théologiens sont d’accord pour dire que les démons ne peuvent influencer directement notre esprit et notre volonté, mais uniquement notre imagination, nos émotions, le monde matériel qui nous entoure, ou dans certains cas, nos corps. Ils nous terrifient, nous trompent et nous tentent vers un choix, mais c’est bien nous qui faisons ce choix. De plus, une tentation démoniaque directe n’est pas un facteur présent dans tout péché ; l’attrait de désirs désordonnés, les tentations de la chair et du monde suffisent dans de nombreux cas.
Mais il est également vrai que le péché nous place toujours sous la domination du malin. L’asservissement de la volonté est souvent associé dans l’Écriture à l’influence d’une force démoniaque : Jésus guérit et libère ceux qui sont « sous le pouvoir de Satan » ou dans les « pièges » du diable. Dans le discours dans lequel Jésus parle d’être esclave du péché, il ajoute : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. » Le fait qu’il y ait un exorcisme lors du rite du baptême témoigne de la conviction de l’Église depuis les temps anciens que la libération du péché signifie aussi la libération du diable. Cependant, dans la plupart des cas, la domination du diable n’est qu’une domination extérieure. Parce que nous sommes pécheurs, nous faisons l’oeuvre du diable, nous nous conformons à lui mais son influence demeure une influence morale.
Le lien spirituel en relation avec la possession
Dans certains cas cependant, la domination est plus profonde. Le Nouveau Testament décrit des personnes qui sont possédées ou littéralement « démonisées » (daimonizomenos), ce qui signifie qu’elles agissent sous l’influence du démon. La personne s’est prêtée, consciemment ou inconsciemment, à un contrôle intérieur qui va au-delà de la capacité normale des forces de mal. La personne a accordé aux démons un droit qu’ils ne possèdent pas par eux-mêmes. C’est ce qui arrive dans le cas de ce qu’on appelle traditionnellement la possession.
On comprendra mieux le lien spirituel comme une forme plus douce de cette mainmise intérieure, une influence plus qu’un contrôle. Bien qu’il y ait des degrés à la fois dans la possession et le lien spirituel et qu’il soit difficile d’établir une frontière stricte entre eux, il est possible de distinguer entre une forme de contrôle qui touche l’ensemble de la personne et une influence partielle, où l’esprit ou la volonté n’est empêché que dans certaines situations.
De la même façon que la tentation démoniaque n’est pas un facteur pour tous les péchés, mais n’est pas non plus limitée uniquement aux péchés les plus graves, de même on ne doit pas imaginer qu’il y a partout un lien spirituel, mais on ne devrait pas le réserver à des situations exceptionnelles. La possession est une situation rare et extrême, alors que le lien spirituel, surtout dans ses formes les plus douces, peut toucher tous les aspects de notre vie. C’est la raison pour laquelle de nombreuses traditions de spiritualité chrétienne insistent sur le combat spirituel, y compris la protection des anges gardiens, le besoin de se garder soi-même de toute activité des démons, et l’importance du discernement des esprits.
La manière dont le diable agit revêt de multiples facettes. Nous devons nous approcher de ces réalités bien humblement, conscients qu’elles dépassent notre compréhension globale. Cependant nous croyons qu’il est utile de différencier avec davantage de clarté ces deux formes diverses d’influence démoniaque – lien spirituel et possession – pour aider ainsi l’Église dans le soin pastoral qu’elle prend des âmes. Mieux on connaît l’ennemi, plus il est facile de le combattre :
« Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manoeuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. »
Divers types de lien spirituel
Sans chercher à être exhaustif, il peut être bon de préciser quelques types de lien spirituel.
Un premier type de lien est celui d’émotions négatives accablantes comme la culpabilité, la peur, la jalousie, le désespoir, le ressentiment, une colère profonde, la rage ou la haine – parfois dirigée envers une certaine catégorie de personnes, comme les hommes ou les femmes ou des figures d’autorité.
Un autre type concerne des schémas de pensée répétitive et obsessionnelle. On peut par exemple être attiré vers la mort, avoir une habitude de légalisme, une habitude d’interpréter les actes des autres comme une attaque envers soi. Ce schéma sera lié à une phrase ou un mot particuliers qui nous ont été adressés dans le passé et ont une influence et un pouvoir inhabituel dans nos esprits.
Un troisième type de lien sera comportemental, par exemple un besoin irrésistible de s’isoler dans les moments difficiles, ou un besoin constant de contrôler situations et personnes. Des péchés répétitifs et des tentations compulsives comme la pornographie, le jeu, le mensonge, peuvent aussi tomber dans cette catégorie. Dans certains cas, les addictions peuvent s’accompagner d’une influence démoniaque.
Le lien peut aussi être une relation possessive ou malsaine à quelqu’un, comme un de ses parents ou membre de sa famille, un guérisseur ou un voyant, quelqu’un que nous accompagnons dans une activité pécheresse ou dont nous souffrons. Dans certains cas, ce lien peut exister avec une personne décédée.
Une relation aux objets malsaine ou idolâtre peut être du même type, soit parce que l’objet appartient à quelqu’un ou est particulièrement précieux ou conduit à une conduite excessive ou à une pratique occulte.
Dans de nombreux cas le lien viendra en grappe ; par exemple la jalousie, l’envie, le soupçon et la peur peuvent s’ouvrir la porte et se nourrir réciproquement.

La libre volonté de l’homme signifie que nous sommes responsables de nos actes, qu’ils soient bons ou mauvais. Nul ne peut forcer notre volonté. Même si une partie de moi ne veut pas commettre un péché, si je le commets effectivement, cela signifie que d’une certaine manière je le voulais. À cause du péché originel, notre volonté est affaiblie et encline au mal ; plutôt que d’être entièrement fixée sur ce qui est bon, elle est souvent divisée
Les démons ne peuvent influencer directement notre esprit et notre volonté, mais uniquement notre imagination, nos émotions, le monde matériel qui nous entoure, ou dans certains cas, nos corps
Quelques types de lien spirituel:
-Les émotions négatives accablantes comme la culpabilité, la peur, la jalousie, le désespoir, le ressentiment, une colère profonde, la rage ou la haine
-Des schémas de pensée répétitive et obsessionnelle.
-Le lien comportemental
– les relations possessives ou malsaines à quelqu’un
-Une relation aux objets malsaine ou idolâtre
Une relation aux objets malsaine ou idolâtre peut être du même type, soit parce que l’objet appartient à quelqu’un ou est particulièrement précieux ou conduit à une conduite excessive ou à une pratique occulte.
Dans de nombreux cas le lien viendra en grappe ; par exemple la jalousie, l’envie, le soupçon et la peur peuvent s’ouvrir la porte et se nourrir réciproquement.