JOUR 12 : CONTEXTE THÉOLOGIQUE (suite)
3. L’origine du lien spirituel
Comprendre l’origine d’un lien spirituel est une aide immense dans le processus de délivrance. Dans la plupart des cas, on verra la combinaison de deux facteurs. Il y a d’abord un traumatisme, une blessure, un désordre psychologique, qui ouvre une porte ou donne une prise à l’esprit mauvais. Ensuite il y a le consentement de la personne, qui va ouvrir la porte ou permettre l’infiltration. Le consentement signifie que la personne a, à quelque niveau que ce soit, acquiescé à l’influence démoniaque, même sans que ce soit de manière consciente. Le fait qu’il y ait consentement soulève la question de la culpabilité d’une personne possédée, la possibilité de « reprendre » son consentement, et dans quelle mesure il peut y avoir consentement dans le cas de petits enfants ou de groupes de personnes. Nous en reparlerons ci-dessous.
Ce qui permet aux démons de s’infiltrer
Permettez-nous de préciser les points d’entrée des esprits mauvais qui sont de trois types, sur une échelle de gravité croissante.
Le premier degré, ce sont les blessures et traumatismes. Il peut s’agir d’un événement – ou d’une série d’événements – douloureux (comme un jugement négatif prononcé par un parent ou un professeur), surtout dans les premières années de la vie où toute personne est plus sensible et plus sujette à influence. Les circonstances de notre conception et de notre naissance peuvent avoir des effets puissants, surtout dans le cas d’un viol, d’une relation extra-conjugale, lorsque l’enfant n’a pas été voulu ou que la maman a vécu une grande peur. Parfois une blessure ne sera pas la conséquence d’un événement particulier mais d’un environnement familial ou social – par exemple une famille violente ou méfiante, un pays en guerre ou un pays sous oppression politique, apartheid ou tyrannie. La vraie difficulté en fait réside, non pas dans les circonstances elles-mêmes, mais plutôt dans la manière dont elles ont été vécues et comprises. Certaines personnes peuvent avoir vécu les mêmes situations ordinaires ou très graves et réagir de façon très différente ; certaines seront traumatisées, d’autres pas. La blessure intérieure ainsi créée pousse la personne à chercher protection, consolation ou compensation. Par exemple quand quelqu’un subit la violence, il peut répondre par l’isolement ou la violence. Ces schémas émotionnels ou comportementaux offrent une porte d’entrée aux démons, qui infestent la faiblesse en l’enflammant. Un esprit peut très bien renforcer le schéma et par là, prendre contrôle de ce domaine de la vie intérieure de la personne.
Un second type d’infiltration des forces malignes se fait par les péchés. Des péchés répétés – surtout ceux qui ne sont pas confessés – créent une habitude de péché et affaiblissent la volonté de la personne dans ce domaine précis, au point qu’un mauvais esprit peut s’installer aisément. Le lien spirituel renforcera alors l’orientation de la volonté vers ce péché, au point de ne pouvoir faire autrement : il n’est pas simplement divisé mais contraint (lié). Même les péchés par omission, comme le refus de pardonner, peuvent entrer dans cette catégorie. Des péchés graves commis contre des personnes vulnérables comme la torture, le viol, la guerre, l’avortement – y compris des péchés moins graves contre les sans défense – ouvrent aussi la porte aux esprits mauvais car ils disposent la personne à choisir le mal.
Dans certains cas, le péché n’est pas personnel mais enchâssé dans des structures sociales, qu’elles soient familiales (par exemple un schéma de colère ou d’inceste), ethniques ou nationales (esclavage, racisme, colonisation, guerre). Les gens sont moins coupables de structures de péché que de péchés personnels parce qu’il y a un moindre degré de choix volontaire. Cependant, et précisément pour cette raison, on aura plus de mal à considérer comme péché des structures de péchés, et ce sera souvent plus difficile d’y résister. Ils pourront être si intriqués avec l’identité de la personne qu’elle leur donnera toute liberté de régner et refusera absolument de les rejeter. Ils offriront donc des portes d’entrée aux esprits mauvais.
Le troisième et plus sérieux point d’ouverture au diabolique, ce sont les pratiques occultes, qui sont devenues courantes, même parmi les catholiques, de manière alarmante. Elles s’étendent d’une participation occasionnelle à l’occultisme aux pactes avec le diable. Dans certains cas, le contact avec l’occultisme s’établit à travers la famille. Certaines pratiques provenant de religions païennes font aussi partie de cette catégorie, comme de fausses révélations privées et toute forme d’idolâtrie. Une implication extrême dans une idéologie ou une « cause » (comme un engagement politique radical, ou du nationalisme, ou du légalisme), bien que n’étant pas directement occulte, peut être idolâtre, car c’est une tentative de sauver le monde et de se sauver soi-même par ses propres forces. Tout cela offre des portes d’entrée faciles aux forces démoniaques, car elles y sont déjà reliées, de façon explicite ou implicite. Voilà pourquoi l’Écriture condamne strictement ces pratiques. Se tourner vers l’occultisme signifie demander de l’aide aux esprits mauvais, et cette relation les invite dans nos vies.
Dans les trois cas présentés ci-dessus, il y a un cercle vicieux. Les blessures ouvrent la voie au lien spirituel, mais le lien maintient la blessure ouverte et ne permet pas qu’elle guérisse.
Paradoxalement, le schéma négatif émotionnel ou cognitif ou comportemental, bien que choisi comme une protection, blesse la personne encore davantage. Par exemple, l’isolement ou la revanche en réponse à la violence coupera la personne de ses pairs d’autant plus. Le péché ouvre une porte au lien spirituel, mais le lien engendre aussi le péché en le fortifiant et en en faisant comme une seconde nature.
Tout cela signifie que la délivrance est en relation étroite avec à la fois la guérison intérieure et la repentance du péché. Délivrance, guérison et repentance ne peuvent être séparées étant donné qu’il serait inutile de renoncer à un esprit mauvais et de l’expulser si la porte d’entrée est toujours ouverte.

Le péché ouvre une porte au lien spirituel, mais le lien engendre aussi le péché en le fortifiant et en en faisant comme une seconde nature.
Délivrance, guérison et repentance ne peuvent être séparées étant donné qu’il serait inutile de renoncer à un esprit mauvais et de l’expulser si la porte d’entrée est toujours ouverte.
Les blessures ouvrent la voie au lien spirituel, mais le lien maintient la blessure ouverte et ne permet pas qu’elle guérisse.
Paradoxalement, le schéma négatif émotionnel ou cognitif ou comportemental, bien que choisi comme une protection, bénisse encore davantage la personne. Par exemple, l’isolement ou la revanche en réponse à la violence coupera la personne de ses paires d’autant plus. Le péché ouvre une porte au lien spirituel, mais le lien engendre aussi le péché en le fortifiant et en faisant comme une seconde nature.