JOUR 28 : INTÉGRATION À LA VIE DE L’ÉGLISE
Le premier fruit de la Passion et de la Résurrection du Christ puis de la descente de l’Esprit Saint lors de la Pentecôte est la naissance de l’Église. Aujourd’hui comme à l’époque, la vie chrétienne ne peut être vécue en dehors de la communion avec le corps des croyants établi par le Christ. Le Renouveau charismatique a fait sienne cette vérité et a toujours cherché à être en pleine communion avec l’Église et ses pasteurs. Comme nous le développions au chapitre 6 de la IIIe partie, il est vrai que, dans un sens, le Renouveau charismatique est un mouvement parmi d’autres dans l’Église, avec sa spiritualité et son style propre. D’un autre côté, le Renouveau est unique dans le sens où il est le dépositaire d’une grâce destinée à toute l’Église et qui a pour finalité son renouvellement. Cette double réalité confère une responsabilité particulière aux bergers et aux fidèles qui participent au Renouveau. D’un côté, ils sont appelés à garder comme un trésor et à favoriser le développement de la grâce de l’effusion de l’Esprit telle qu’elle se manifeste au sein du Renouveau, et d’un autre côté ils sont
appelés à contribuer à sa diffusion dans toute l’Église, y compris auprès de ceux qui n’appartiennent pas au Renouveau. Dans les deux cas, il est nécessaire de compter sur la grâce de l’Esprit Saint qui conduit l’Église à travers l’Histoire. Compter sur l’Esprit implique d’être enraciné dans l’Église et de dépendre d’elle, en reconnaissant que le Christ lui a confié l’autorité d’interpréter de façon fiable la Parole de Dieu et de discerner le travail de l’Esprit. L’intégration du Renouveau charismatique dans la vie de l’Église recouvre donc ce double aspect : premièrement, grandir en maturité ecclésiale en tant que mouvement, et deuxièmement, chercher des moyens de répandre la culture de Pentecôte dans toute l’Église et dans le monde, en particulier à travers la redécouverte de toute la puissance et l’efficacité des sacrements de l’initiation.
1. Le Renouveau charismatique catholique en tant que mouvement dans l’Église
Depuis 1975, le Renouveau charismatique a un lien formel avec la hiérarchie de l’Église. Dans un premier temps, ce fut par l’intermédiaire du cardinal Suenens, puis de Monseigneur Cordes (aujourd’hui Cardinal) et du cardinal Ryłko du Conseil Pontifical pour les Laïcs, dicastère qui constitue un moyen important de supervision et de soutien de l’Église. Les responsables du Renouveau charismatique participent à des rassemblements internationaux et locaux avec différents mouvements comme les Focolari, le Chemin néo-catéchuménal, Communion et Libération, Sant’Egidio et Schönstatt. Certains diocèses ont mis en place un organe de liaison entre les nouveaux mouvements ecclésiaux ou nouvelles structures et les structures diocésaines ordinaires ou les paroisses, en vue d’une collaboration.
Le Renouveau charismatique n’est pas une entité homogène dotée de sa propre structure organisationnelle mais plutôt un ensemble de mouvements et de groupes qui ont en commun d’avoir vécu l’effusion de l’Esprit Saint. Il compte des groupes de prière, des communautés d’alliance, des écoles d’évangélisation, des ministères de guérison ainsi qu’une grande variété d’autres groupes et ministères, certains oecuméniques et d’autres uniquement catholiques. Le lien entre le Renouveau et les structures de l’Église locale dépend en partie du contexte local ; cependant, certains principes s’appliquent partout. La principale structure de l’Église locale en charge de pastorale et d’apostolat est la paroisse. Comme l’ont souligné les derniers papes, les mouvements ont un rôle de levain en apportant à l’Église locale une nouvelle ferveur et un dynamisme missionnaire. Les paroisses ont besoin des mouvements et de leur vitalité spirituelle, et les mouvements ont besoin des paroisses afin d’éviter de se replier sur eux-mêmes. Les mouvements doivent donc cultiver une relation de proximité avec l’évêque du lieu, qui a pleine autorité pour superviser et réguler tout ce qui est du domaine de la foi et de l’apostolat dans son diocèse. Voici ce que disait le cardinal Ratzinger, lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, de ce lien particulier :
Les mouvements doivent se souvenir que, même s’ils ont, à leur propre manière, trouvé et transmis la totalité de la foi, ils sont un don à toute l’Église, et qu’ils doivent répondre aux besoins de ce grand tout qu’est l’Église. Ce n’est qu’ainsi qu’ils seront fidèles à leur vocation profonde. Les Églises locales, quant à elles, et même les évêques, doivent se souvenir qu’il leur faut éviter toute uniformité dans leurs organisations pastorales et leurs programmes. Elles ne doivent pas établir leurs programmes en fonction de ce que l’Esprit Saint serait autorisé à faire.
Le cardinal Ryłko décrit bien ici l’esprit de respect mutuel et d’humilité qui doit présider à ces relations :
Jean-Paul II n’a eu de cesse d’insister sur le fait que les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles sont appelés à prendre leur place avec humilité dans les diocèses et les paroisses, au service de l’Église dans une attitude pleinement dénuée d’orgueil ou de sentiment de supériorité par rapport aux autres réalités d’Église, et dans un authentique esprit de sincère collaboration et de communion ecclésiale. En même temps, le Saint-Père insistait pour que les pasteurs – évêques et prêtres de paroisse – réservent un accueil « cordial » à ces groupes, en reconnaissant et en respectant leur charisme particulier et en les accompagnant avec une sollicitude paternelle. C’est là que s’applique la règle d’or de saint Paul : « N’éteignez pas l’Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le. » (1Th 4, 19-21)
Au cours du rassemblement historique des mouvements laïcs lors de la Pentecôte 1998 à Rome, Jean-Paul II disait des nouveaux mouvements qu’ils étaient « une réponse providentielle de l’Esprit Saint » aux défis critiques qui se posaient à l’Église de notre temps. Il appelait également les mouvements à grandir en « maturité ecclésiale », c’est-à-dire à porter des fruits mûrs de communion et d’engagement au sein de l’Église. Les caractéristiques de la maturité ecclésiale telles qu’elles sont exposées dans Christifideles laici au paragraphe 30 comprennent la priorité à donner à l’appel à la sainteté, la fidélité au Magistère en matière de foi et de morale, la communion avec le Pape et l’évêque du lieu, le fait de prendre part à la mission de l’Église, et l’engagement à promouvoir la dignité de la personne dans la société humaine.
2. Propager la culture de Pentecôte
En 2004, le Pape adressait cette exhortation au Renouveau charismatique catholique :
« Grâce au mouvement charismatique, de nombreux chrétiens, hommes et femmes, jeunes et adultes, ont redécouvert la Pentecôte comme réalité vivante et présente dans leur existence quotidienne. Je souhaite que la spiritualité de la Pentecôte se diffuse dans l’Église, comme un élan renouvelé de prière, de sainteté, de communion et d’annonce. »
En une autre occasion, il lança aux responsables du Renouveau charismatique l’appel urgent à contribuer à l’avènement d’une « culture de
Pentecôte ». Cet appel a été réitéré par le pape Benoît XVI.
La culture est un mode de vie commun qui incarne les croyances et les valeurs profondes d’une société. Qu’est-ce qu’une culture de Pentecôte ? C’est une culture dans laquelle le Saint-Esprit est connu, aimé et fréquemment invoqué ; une culture dont tout le mode de vie découle de la présence active de l’Esprit et de ses dons. Une telle culture s’exprime dans la liturgie et la prière commune, la vie de famille, la musique, l’art, l’instruction, la récréation, la politique et d’autres formes d’interactions sociales. Elle serait caractérisée par la confiance que Dieu nous parle et agit dans nos vies ; par des liturgies et des rassemblements de prière où se vivent une louange et une célébration spontanées ; une lecture et des partages fréquents de la Parole ; des liens profonds de fraternité spirituelle, souvent sous une forme communautaire ; une ouverture à la puissante guérissante et libératrice de Dieu ; un engagement actif dans le combat spirituel ; un amour pour Dieu exprimé dans l’humble service des autres et en particulier des plus pauvres ; un fort désir d’oecuménisme ; un zèle à témoigner de l’Évangile ; la hâte du retour du Christ dans la gloire.
À terme, une culture de Pentecôte – cette culture de vie qui renverse la culture de mort – doit avoir un impact sur toute la société et la modeler. L’effusion de l’Esprit Saint dans le Renouveau charismatique catholique a eu, depuis 1967, un profond retentissement dans l’Église en beaucoup de ces domaines ; cependant l’Église a constamment besoin de se renouveler plus profondément. Ceux qui ont reçu l’effusion du Saint-Esprit ont un rôle particulier à jouer en appelant toute l’Église à retourner au Cénacle, unie dans une prière continuelle avec Marie et les disciples, dans l’attente d’une nouvelle venue de l’Esprit Saint.
3. Effusion de l’Esprit Saint et sacrements de l’initiation
Nous avons abordé au chapitre 5 de la IIIe partie le lien théologique entre l’effusion du Saint-Esprit et le sacrement du Baptême. Nous allons à présent en suggérer quelques applications pastorales. Dans l’Église primitive, alors que les sacrements de l’initiation étaient le
plus souvent administrés à des adultes, il était communément admis que l’initiation chrétienne impliquât une conversion radicale et une expérience transformante grâce à la vie divine à laquelle le chrétien venait de renaître.
Lorsque, comme c’est habituellement le cas aujourd’hui, les sacrements sont administrés à des nourrissons ou à de très jeunes enfants, il importe de leur transmettre plus tard des éléments de foi personnelle et de conversion afin que les sacrements puissent avoir toute leur efficacité. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’un enfant grandit dans une famille non chrétienne ou qui n’est chrétienne que de nom. L’Esprit Saint est objectivement donné lors du Baptême et de la Confirmation (CEC 1215, 1302), et pourtant ce don peut rester en sommeil au fond du coeur. Qui plus est, même parmi les adultes qui intègrent l’Église, on constate très souvent un manque de connaissance et de désir de la puissance de transformation inhérente aux sacrements. Il en résulte que le renouveau de l’Église nécessite grandement une redécouverte de la pleine puissance et de la vitalité des sacrements de l’initiation. Un moyen d’y parvenir serait que la préparation au sacrement de Confirmation ressemble aux séminaires de Vie dans l’Esprit. Un tel parcours préparerait les jeunes, sous une forme adaptée à leur âge, à accueillir l’Esprit Saint dans leur vie avec un grand désir et une grande docilité. Cette préparation comprendrait la proclamation de base du message évangélique : cette prédication initiale qui touche une personne au qu’elle tombe amoureuse de Jésus et lui donne toute sa vie.
Elle apprendrait aux confirmands à s’appuyer sur la puissance du Saint-Esprit en vivant en disciples engagés du Christ et en grandissant en sainteté. Une place serait également donnée à un enseignement sur les charismes et, après la réception du sacrement, l’occasion de les exercer, en particulier dans un contexte d’évangélisation. Certains diocèses ont déjà commencé à mettre en place des préparations à la Confirmation de ce type. Une approche similaire pourrait être développée pour le Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes (RICA). Les personnes qui ont reçu l’effusion de l’Esprit Saint pourraient largement contribuer à la mise en place de tels programmes, y être catéchistes et veiller à ce que les Sacrements ne soient pas vidés de leur puissance par l’apathie, la routine ou le manque de foi.

le renouveau de l’Église nécessite grandement une redécouverte de la pleine puissance et de la vitalité des sacrements de l’initiation.
Les paroisses ont besoin des mouvements et de leur vitalité spirituelle, et les mouvements ont besoin des paroisses afin d’éviter de se replier sur eux-mêmes.
Compter sur l’Esprit implique d’être enraciné dans l’Église et de dépendre d’elle, en reconnaissant que le Christ lui a confié l’autorité d’interpréter de façon fiable la Parole de Dieu et de discerner le travail de l’Esprit.
En 2004, le Pape adressait cette exhortation au Renouveau charismatique catholique :
« Grâce au mouvement charismatique, de nombreux chrétiens, hommes et femmes, jeunes et adultes, ont redécouvert la Pentecôte comme réalité vivante et présente dans leur existence quotidienne. Je souhaite que la spiritualité de la Pentecôte se diffuse dans l’Église, comme un élan renouvelé de prière, de sainteté, de communion et d’annonce. »
Qu’est-ce qu’une culture de Pentecôte ? C’est une culture dans laquelle le Saint-Esprit est connu, aimé et fréquemment invoqué ; une culture dont tout le mode de vie découle de la présence active de l’Esprit et de ses dons.
Les mouvements doivent se souvenir que, même s’ils ont, à leur propre manière, trouvé et transmis la totalité de la foi, ils sont un don à toute l’Église, et qu’ils doivent répondre aux besoins de ce grand tout qu’est l’Église.
Ceux qui ont reçu l’effusion du Saint-Esprit ont un rôle particulier à jouer en appelant toute l’Église à retourner au Cénacle, unie dans une prière continuelle avec Marie et les disciples, dans l’attente d’une nouvelle venue de l’Esprit Saint.
Jean-Paul II n’a eu de cesse d’insister sur le fait que les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles sont appelés à prendre leur place avec humilité dans les diocèses et les paroisses, au service de l’Église dans une attitude pleinement dénuée d’orgueil ou de sentiment de supériorité par rapport aux autres réalités d’Église, et dans un authentique esprit de sincère collaboration et de communion ecclésiale.
« Grâce au mouvement charismatique, de nombreux chrétiens, hommes et femmes, jeunes et adultes, ont redécouvert la Pentecôte comme réalité vivante et présente dans leur existence quotidienne. Je souhaite que la spiritualité de la Pentecôte se diffuse dans l’Église, comme un élan renouvelé de prière, de sainteté, de communion et d’annonce. »
Les paroisses ont besoin des mouvements et de leur vitalité spirituelle, et les mouvements ont besoin des paroisses afin d’éviter de se replier sur eux-mêmes.