JOUR 14 : LES CHARISMES DE L’ESPRIT SAINT
Les charismes de l’Esprit Saint se comprennent nécessairement dans le contexte de l’enseignement de Paul sur la vie dans l’Esprit. Un charisme, également appelé « don » (Ep 4, 7-8), « œuvre » ou « manifestation » (1 Co 12, 6-7) de l’Esprit est un don octroyé gratuitement par l’Esprit Saint en vue de l’édification du Corps du Christ. Les charismes sont plus que des dons naturels ou des compétences acquises. Ce sont des dons surnaturels qui soit permettent de réaliser ce qui est humainement impossible (miracles ou guérisons) soit élèvent un don naturel tel que l’enseignement ou le service pour lui donner une efficacité surnaturelle. L’enseignement le plus développé de Paul sur les charismes se trouve en 1 Corinthiens 12-14, au sein d’une partie plus vaste consacrée à la bonne conduite de la liturgie (1 Co 11-14).
Paul met l’accent sur le fait que les charismes sont distribués gratuitement par l’Esprit Saint selon son bon vouloir. Ils sont à distinguer de
la grâce sanctifiante donnée au baptême dans la mesure où ils n’ont pas d’abord pour fin la sanctification personnelle de celui qui les reçoit mais pour vocation d’être exercés pour le bien des autres. Les charismes sont une forme de « ministère » (1 Co 12,15) parce qu’ils sont destinés au service des autres. La merveilleuse diversité des charismes est ordonnée à l’unité de l’Église, fondée sur l’unité du Dieu trine : Père, Fils et Saint Esprit (1 Co 12, 4-6). Les charismes sont distribués à tous les membres du corps du Christ en vue du bien commun (1 Co 2, 7 : Ep 4, 7). Tous prennent part à l’édification de l’Église et à l’avancement de sa mission. Tous ont la responsabilité d’exercer les dons qui leur ont été faits : « Mais, pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, […] exerçons-les. » (Rm 12, 6 ; Cf. 1 P 4, 10) Bien que ces dons soient accordés gratuitement, les chrétiens doivent y « aspirer » à cause de leur puissance d’édification (1 Co 12, 31 ; 14, 1).
Paul avertit les Corinthiens que la sainteté ne se mesure pas aux charismes (Cf. Ac 3, 12 ; 1 Co 13, 1-3). Même du temps où ils étaient
païens, ils faisaient l’expérience de certains phénomènes apparemment charismatiques (1 Co 12, 2). Jésus lui-même avait prévenu que beaucoup lui diraient : « “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons fait bien des miracles ?” Alors je leur dirai en face : “Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.” » (Mt 7, 22-23) Ces textes indiquent qu’il est possible d’exercer des charismes tout en enseignant ou en vivant de façon incompatible avec la foi chrétienne. En revanche, la croissance en sainteté conduit normalement à un exercice plus fructueux des charismes. Les charismes doivent être discernés, et le critère de discernement de base est qu’ils doivent reconnaître la seigneurie de Jésus et servir authentiquement la mission de son Église (1 Co 12, 3 ; 14, 7-26). Au milieu de l’enseignement de Paul sur les charismes se trouve son grand hymne à l’amour (agapè) en 1 Corinthiens 13. Ce chapitre n’est pas une digression ; au contraire, il énonce le principe fondamental autour duquel doit être ordonné tout l’exercice des charismes. Même les plus grands charismes ne sont rien s’il manque la charité (1 Co 13, 1-3). Alors même que les charismes disparaîtront un jour, la foi, l’espérance et la charité demeureront (1 Co 13, 8-13). Paul ne dit pas de la charité qu’elle est un charisme, mais qu’elle est une « voie » (hodos), le chemin sur lequel doivent s’exercer les charismes, le motif et la mesure de leur usage (1 Co 12, 31). Après avoir exposé ce principe au chapitre 13, Paul l’applique à l’usage des charismes au chapitre 14, dans lequel il met en garde les Corinthiens contre un usage des charismes immature et centré sur soi. Les
dons spirituels ne sont pas là pour générer une quelconque excitation ni pour attirer l’attention sur soi, ni même, à l’exception du don des langues, lorsqu’il est une expression de la prière personnelle pour s’édifier soi-même (Cf 1 Co 14, 4). Ils sont au contraire destinés en premier lieu à l’édification des autres dans l’amour. Paul ne parle pas là d’une opposition entre les charismes et la charité, mais plutôt entre l’exercice des charismes avec ou sans la charité. Ce qu’il veut dire en réalité est que l’exercice d’un charisme doit être en soi un acte de charité. Les lettres de Paul donnent plusieurs énumérations de charismes, aucune ne se présentant comme systématique ou exhaustive.
La plus longue se trouve en 1 Corinthiens 12, 8-10 (Cf. aussi 12, 28-30) qui fait référence aux paroles de sagesse, de connaissance, aux charismes de foi, de guérison, d’accomplissement des miracles, de prophétie, de discernement des esprits, de langues et d’interprétation des langues. Paul les appelle des « dons spirituels » (pneumatika, 1 Co 12, 1 ; 14, 1) peut-être parce qu’ils dépendent particulièrement de la docilité à l’Esprit. Les « paroles de sagesse » et « paroles de connaissance » font probablement référence à des paroles inspirées par l’Esprit qui donnent des lumières nouvelles sur le plan de salut de Dieu et la façon dont il se manifeste de façon pratique dans la vie des croyants. Une « parole de connaissance » peut également désigner la connaissance surnaturelle de certains faits : Jésus, par exemple, connaissait le passé de la Samaritaine (Jn 4, 17) ; Ananias eut connaissance de la conversion de Saul (Ac 9, 10-12). Le charisme de « foi » dont il est question ici ne fait pas référence à la foi théologale, de laquelle vient la justification, et qui est commune à tous les croyants. Il s’agit ici de l’assurance que Dieu est sur le point d’agir dans telle situation particulière ; c’est la foi dont Jésus dit qu’elle peut déplacer les montagnes (Mt 17, 20 ; 21, 21 ; 1 Co 3, 2). Les guérisons (littéralement : « charismes de guérison ») sont de réelles guérisons de maladies ou de handicaps obtenues par la prière, comme cela arrive souvent dans les Actes des Apôtres. De la même façon, l’accomplissement de miracles est une démonstration de la puissance de Dieu qui vient confirmer la vérité de l’Évangile (Cf. Rm 5, 19 ; 2 Co 12, 2 ; Ga 3, 5 ; He 2, 4). Le discernement des esprits est la capacité à reconnaître qu’un phénomène spirituel ou une parole vient du Saint-Esprit, d’un esprit mauvais ou simplement de l’esprit humain. Paul traite plus en détail des trois « dons spirituels » restants, c’est-à-dire ceux de prophétie, de langues et d’interprétation des langues dans 1Corinthiens 14. L’enseignement de Paul implique que les dons des langues sont de deux sortes : premièrement, le don des langues peut désigner la grâce de prier et de louer dans un langage inconnu (1 Co 14, 4 ; Cf. Rm 8,
26-27) une sorte de « prière du cœur irrationnelle ». Deuxièmement, le don des langues peut faire référence à un message public donné à l’assemblée. Ce deuxième cas requiert une personne douée du charisme d’interprétation des langues afin d’en communiquer le sens à tous (1 Co 14, 5).
Enfin, le charisme que Paul met le plus en avant est celui de prophétie, car il est particulièrement efficace pour l’édification de l’Église (1 Co 14, 1-5). La prophétie est un langage inspiré par l’Esprit et qui communique un message qui ne vient pas du locuteur mais de Dieu. Elle peut contenir une révélation concernant l’avenir (Cf. Ac 11, 27-29), ou bien permettre de lire dans les cœurs (1 Co 14, 25 ; Ac 5, 2-4), mais le plus souvent, elle se présente sous la forme d’un encouragement ou d’une consolation (1 Co 14, 3) ou de conviction de péché (1 Co 14, 24). La prophétie est le seul charisme qui apparaît dans toutes les listes de Paul. Avec le ministère apostolique, elle est l’un des deux piliers fondateurs de l’Église (Ep 2, 20, 1Co 12, 28). Ainsi Paul exhorte-t-il souvent les croyants à aspirer à ce don :
« Aspirez aux dons spirituels, surtout à celui de prophétie. » (1 Co 14, 1) « Aspirez au don de prophétie. » (1 Co 14, 39) « Je voudrais, certes, que vous parliez tous en langues, mais plus encore que vous prophétisiez. » (1 Co 14, 5) « Ne dépréciez pas les dons de prophétie. » (1 Th 5, 20) Le don qui tient la première place dans la hiérarchie des charismes est le ministère apostolique, ce charisme qui supervise et coordonne l’interaction harmonieuse de tous les autres (1 Co 2, 28 ; Ep 4, 11). Pour Paul, il n’y a pas d’opposition entre le ministère institué et les charismes, ou entre les œuvres institutionnelles et les œuvres spontanées de l’Esprit. L’Église est bâtie sur deux fondations : les Apôtres qui lui donnent sa dimension institutionnelle, et les prophètes qui représentent sa dimension charismatique (Ep 2, 20). L’activité du Saint-Esprit dans l’Église est soumise à la supervision et au discernement des autorités humaines de l’Église. Cependant, il appartient à ceux qui ont reçu la charge pastorale de s’appuyer sur l’Esprit Saint et son don spirituel de discernement, et non uniquement sur leur raison humaine. Ils ne sont pas les maîtres des charismes ; leur rôle est de les ordonner pour le bien de l’Église et de sa mission. Paul fait également mention de charismes moins visiblement surnaturels mais non moins importants. Parmi eux se trouvent le service, l’enseignement, l’exhortation, l’aumône, l’administration et les actes de miséricorde (Rm 12, 6-8). Dans la lettre aux Ephésiens (4, 11-13), il dresse la liste des catégories de personnes qui ont un don pastoral dans l’Église : les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les enseignants.
Paul parle aussi des charismes de mariage et de célibat (1 Co 7, 7), et de ministère ordonné (1 Tm 4, 14 ; 2 Tm 1, 6). On peut y ajouter d’autres charismes mentionnés par ailleurs par Paul ou dans d’autres livres du Nouveau Testament : les visions et les révélations (Ac 9, 10 ; 10, 3 ; 11, 5 ; 16, 9 ; 18, 9 ; 2 Co 12, 1-4), l’exorcisme (Ac 8, 7 ; 16, 18), l’intercession (Ac 12, 5 ; 2 Co 1, 11), l’hospitalité (Ac 16, 15), les cantiques inspirés (1 Co 14, 26 ; Ep 5, 19), la pauvreté volontaire (1 Co 13, 3 ; Ph 4, 12) et le martyre (Ac 7, 59-60 ; 12, 2 ; 1 Co 13, 3).
En résumé de ces réflexions bibliques, l’histoire du Salut est structurée par la présence de l’Esprit Saint qui plane au-dessus des eaux lors de la Création et crie avec l’Épouse à la fin : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 17.20). Toute l’Écriture est tournée vers une effusion de l’Esprit eschatologique, l’accomplissement du plan de Dieu de diviniser les êtres humains et de renouveler toute la Création. Cette effusion a eu lieu une fois pour toutes lors de la Pentecôte, mais elle se renouvelle continuellement dans l’histoire de l’Église et atteindra sa pleine consommation à la résurrection des morts au jour dernier. L’effusion de l’Esprit telle qu’elle est vécue dans l’Église aujourd’hui ne peut se comprendre que dans la globalité de ce contexte biblique.

Les
dons spirituels ne sont pas là pour générer une quelconque excitation ni pour attirer l’attention sur soi, ni même, à l’exception du don des langues, lorsqu’il est une expression de la prière personnelle pour s’édifier soi-même (Cf 1 Co 14, 4).
La prophétie est un langage inspiré par l’Esprit et qui communique un message qui ne vient pas du locuteur mais de Dieu.
Les dons spirituels ne sont pas là pour générer une quelconque excitation ni pour attirer l’attention sur soi, ni même, à l’exception du don des langues, lorsqu’il est une expression de la prière personnelle pour s’édifier soi-même
Cette effusion a eu lieu une fois pour toutes lors de la Pentecôte, mais elle se renouvelle continuellement dans l’histoire de l’Église et atteindra sa pleine consommation à la résurrection des morts au jour dernier.
Paul fait également mention de charismes moins visiblement surnaturels mais non moins importants. Parmi eux se trouvent le service, l’enseignement, l’exhortation, l’aumône, l’administration et les actes de miséricorde (Rm 12, 6-8).
Ils sont à distinguer de
la grâce sanctifiante donnée au baptême dans la mesure où ils n’ont pas d’abord pour fin la sanctification personnelle de celui qui les reçoit mais pour vocation d’être exercés pour le bien des autres.
La prophétie est un langage inspiré par l’Esprit et qui communique un message qui ne vient pas du locuteur mais de Dieu. Elle peut contenir une révélation concernant l’avenir (Cf. Ac 11, 27-29), ou bien permettre de lire dans les cœurs (1 Co 14, 25 ; Ac 5, 2-4), mais le plus souvent, elle se présente sous la forme d’un encouragement ou d’une consolation (1 Co 14, 3) ou de conviction de péché (1 Co 14, 24)
L’Église est bâtie sur deux fondations : les Apôtres qui lui donnent sa dimension institutionnelle, et les prophètes qui représentent sa dimension charismatique
Les
dons spirituels ne sont pas là pour générer une quelconque excitation ni pour attirer l’attention sur soi, ni même, à l’exception du don des langues, lorsqu’il est une expression de la prière personnelle pour s’édifier soi-même (Cf 1 Co 14, 4).